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En Slovénie, ces fières "deux-chevaux" qui avalent la route à pas de tortue
Un vrombissant éloge de la lenteur: plus de 3.000 2CV d'une quarantaine de pays sont rassemblées jusqu'à dimanche en Slovénie pour revendiquer une vie à deux à l'heure, loin du stress des modèles suréquipés contemporains.
"Tu t'assieds dedans, le stress s'envole et tu profites", résume pour l'AFP Karmen Uglesic, l'une des organisatrices de cet évènement haut en couleurs, qui a lieu tous les deux ans dans différentes contrées depuis sa création en 1975.
Elle travaille depuis 20 ans au Parlement de ce pays d'Europe centrale, où elle s'occupe des relations publiques.
"Du coup quand je rentre, mon mari m'embarque, on retire la capote et on va prendre l'air", dit-elle avec enthousiasme dans son T-shirt au logo de la plus française des voitures, jadis très populaire dans l'ex-Yougoslavie sous le surnom de "Spacek", signifiant petit monstre en référence à son allure incongrue.
- "Un autre monde" -
Entouré de "deux-chevaux" bariolées, Gabriele Salvoni, 55 ans, a roulé tout doux avec ses amis pour parcourir les 400 kilomètres menant à cette 25e rencontre des amis de la "deudeuche".
A 90 kilomètres à l'heure, pas plus, "on voyage paisiblement, c'est un autre monde", explique bière à la main cet Italien, dans le vaste aérodrome sportif de Postojna transformé en camping pour l'occasion, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale Ljubljana.
En Allemagne, pays des grosses cylindrées où la vitesse n'est souvent pas limitée sur les autoroutes, ceux qui prennent leur temps en 2CV paraissent anachroniques.
Pourtant l'époque est au "ralentissement", rappelle Jamie, une artiste de 26 ans venue de Hambourg qui n'a pas donné son non complet et s'est installée devant sa belle 2CV bleue.
Beaucoup des participants de ce rassemblement festif n'étaient même pas nés lorsque Citroën a annoncé en 1990 l'arrêt de la production de cette concurrente de l'emblématique Coccinelle de Volkswagen, présentée pour la première fois au grand public en 1948.
"Elle est facile à conduire, même au XXIe siècle", à l'antipode des options high-tech qui se multiplient aujourd'hui sur le tableau de bord pour assister les conducteurs, commente Aleksandar Dincic du haut de ses 16 ans.
- 2CV-limousine -
Il l'admet, son père qui veut lui en offrir une à sa majorité lui passe parfois le volant sur des itinéraires peu fréquentés, chez eux en Serbie.
Tous deux se pressent au stand des pièces de rechange issues des cinq millions de modèles produits.
Les réparations ne sont pas un souci, souligne l'Italien Salvoni. "Le moteur est simple, on peut tout faire soi-même", lance-t-il en montrant sur sa poitrine deux tatouages de 2CV accompagnées du nom de ses enfants.
En phase avec les besoins de la relance économique d'après-guerre, la 2CV avait été conçue pour être facile à entretenir sans grand frais, afin de répondre aux moyens du plus grand nombre.
Au fil des ans, l'imagination des nostalgiques a grandi et dans le défilé circulent de drôles d'oiseaux, comme cet exemplaire jaune arborant un immense canard de bain sur le toit.
"Plein d'amateurs considèrent" que son design caractéristique est "une toile blanche sur laquelle on peut projeter ce qu'on veut", raconte Karmen Uglesic.
A l'instant où la collectionneuse prononce ces mots, s'avance fièrement sous des regards ébahis une 2CV rallongée en limousine, au double de sa longueur habituelle.
B.Baumann--VB