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Dans la nuit de Novi Sad, la jeunesse serbe cherche la liberté et la justice
Enroulés dans des couvertures, réunis autour d'un feu pour lutter contre les températures négatives, des milliers d'étudiants serbes ont bravé le froid et la fatigue pour manifester toute la nuit de samedi à dimanche contre la corruption, unis "pour la justice".
"Il fait froid, mais on s'est habitués. Ca fait deux mois qu'on dort dans notre université", explique au milieu de la nuit Andrea Laco, étudiante à l'université de Novi Sad.
Cet accident, qui a tué 15 personnes, a rallumé une colère rampante contre la corruption. Une partie du pays y voit le résultat d'un népotisme qu'ils dénoncent à chaque rassemblement en scandant "la corruption tue".
"La peine nous unit, nous sommes là pour la Justice", ajoute Andrea Laco. A côté d'elle, certains font des mots croisés, d'autres serrent leur chien dans leur bras pour se réchauffer dans le froid qui a enrobé la ville. Des tracteurs et des motos entourent le campement pour le protéger.
Quelques attaques ont émaillées les cortèges depuis le début des manifestations et plusieurs étudiants ont été blessés. Sans que cela n'entame la joie et l’énergie qui habitent les manifestations depuis le début et a attiré aux côté des jeunes, des retraités, des professeurs, des agriculteurs...
Une partie des manifestants installés dans le campement est arrivée à pied depuis la capitale, Belgrade, à 80 kilomètres, d'autres à vélo, en voiture...
Au total, des dizaines de milliers de personnes étaient réunis samedi dans la soirée selon les journalistes de l'AFP. Il s'agit de l'une des plus importantes manifestations que la ville ait connu depuis celles qui ont fait tomber Slobodan Milosevic à la fin des années 1990.
Aucun comptage indépendant n'était disponible dimanche matin.
- Liberté -
Après avoir occupé trois ponts pendant plusieurs heures, une partie des manifestants a convergé vers le principal, le Pont de la liberté, avant d'y passer la nuit à jouer au basket, à lire, discuter.
Dans un coin, des films passent dans un cinéma en plein air de fortune, pendant qu'une grappe d'étudiant prend pinceaux et peinture rouge pour écrire sur la route "Ensemble pour la liberté".
Sous un panneau "Quelque chose se mijote", des volontaires préparent de la soupe et des boissons pour ceux qui passent la nuit dehors.
"J'ai participé à presque toutes les manifestations, mais je n'avais jamais vu ce niveau d'amour et de solidarité", explique Olga Grkovic Mandic, une habitante de Novi Sad. "Je devais venir aider les étudiants", ajoute celle qui passera la nuit à servir du thé et du café.
A côté, un stand propose des pâtisseries, des sandwichs, des saucisses et des bols de soupe.
Un peu plus loin, une longue file d'attente signale un stand qui distribue des pancakes au son de "Ziveti Slobodno" (vivre libre), l'une des chansons qui constitue la bande son du mouvement.
La détermination des manifestants a poussé le gouvernement et le président, le nationaliste Aleksandar Vucic au pouvoir depuis plus de 10 ans, à céder sur une partie des revendications: treize étudiants et professeurs arrêtés pendant des manifestations ont été graciés, de nombreux documents relatifs à la rénovation de la gare ont été publiés.
Et le Premier ministre, Milos Vucevic, ainsi que le maire de Novi Sad ont démissionné.
Mais ces décisions des autorités (qui accusent régulièrement les manifestants d'être des agents de l'étranger) n'ont pas fait rentrer chez eux les manifestants, qui demandent notamment la publication de tous les documents - dont les contrats passés avec une entreprise chinoise.
Assis sur son tapis de sol, enveloppé dans une couverture, Dusan Tasic, étudiant en médecine, dormira dans la rue tant qu'il le faudra. "Tant que nos demandes n'ont pas été satisfaites".
R.Flueckiger--VB