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Amendes astronomiques requises au procès d'une foire aux faux sur Telegram
La Genèverie était une foire aux faux où se monnayaient fausses Rolex et fichiers de police. Lors du procès "atypique" de la chaîne Telegram, le premier en France de cette plateforme en ligne selon l'accusation, des amendes astronomiques ont été requises lundi.
Créée en 2019 par Florian R., et baptisée ainsi en référence à la capitale mondiale de l'horlogerie de luxe, la Genèverie se voulait une vitrine des faux en tout genre et d'escroqueries en cascade.
Elle deviendra le point d'orgue de divers trafics en bande organisée, "hors norme" pour certains.
Elle vaut à huit prévenus de comparaître depuis le 4 mars devant le tribunal correctionnel de Paris, du prince des fausses montres basé en Thaïlande à la policière adjointe désargentée mais fan de chaussures de luxe Louboutin.
C'est l'affaire d'un "système solaire" fait de "planètes qui n'auraient jamais eu vocation à se rencontrer" et qui tournent autour de l'illégalité, selon la procureure.
Le big bang: un dossier ouvert par les services de l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication après la découverte de conversations en ligne nommées "El famoso groupe".
A "trafic extraordinaire, montant extraordinaire", a dit lundi la représentante des douanes au sujet de Florian R., 25 ans, et du faussaire, Julien V., 29 ans.
Ce dernier, Niçois autodidacte parti en 2005 vers les usines chinoises de Canton, incorporait vrais mécanismes ou numéros de série dans de faux boîtiers et aurait a minima écoulé 12.000 pièces selon les douanes, dans un "trafic extrêmement bien rodé entre la Chine et l'Europe", selon elle.
La représentante demande pour les deux hommes une amende solidaire, avec pour "but de dissuader", de plus de 354,5 millions d'euros en se basant sur la valeur des montres contrefaites sur le marché authentique au moment des faits.
Du côté du ministère public, une peine de six ans a été demandée pour Florian R. Notant que son "shop" (boutique) de services illégaux avait continué à tourner malgré son interpellation en juin 2022 puis son incarcération, la procureure a demandé que cette peine soit assortie d'une période de sûreté des deux tiers, ainsi que de 150.000 euros d'amende.
A l'encontre du faussaire -"Saturne" dans le système décrit par la procureure pour sa soif de "briller"- dont les "gains se comptent en millions, voire en dizaines de millions", une peine de quatre ans a été requise dont 18 mois ferme, ainsi qu'une amende de 750.000 euros, cumulable avec l'amende douanière.
-"Revenir sur terre"
Pour ce qui est d'Anthony P., alias "Volrys", il était "le plus important sur le marché français des fausses cartes d'identité, en termes de volumétrie mais aussi de qualité", selon l'accusation.
L'ingénieur dans son officine cachée dans un pavillon de Valdoie, dans le territoire de Belfort, pouvait envoyer deux heures après commande la carte falsifiée.
Entre 3.500 et 6.400 documents sont vendus en 2021 et 2022, ce qui a notamment alimenté, selon la procureure, l'aide au séjour irrégulier et permis à des dizaines de personnes de se soustraire à la justice.
Quatre ans d'emprisonnement ferme avec mandat de dépôt ont été requis contre lui, ainsi que 20.000 euros d'amende.
Sur le volet des deux policiers adjoints qui étaient affectés en région parisienne et sont poursuivis notamment pour corruption passive et diffusion de centaines de fichiers de police, ils sont "les plus petits protagonistes" de l'affaire, mais le trouble à l'ordre public qu'ils ont généré est "massif", assène la procureure.
Elle a requis quatre ans de prison avec mandat de dépôt pour Séphora O., 31 ans, et l'interdiction définitive d'exercer.
"Quand on fait un exemple, on se trompe", par conséquent la condamner à "quatre ans ferme n'a aucun sens", a plaidé son avocat Nicolas Brillatz.
Quant à l'autre fonctionnaire de police, Yassine G., un ex-joueur de football américain professionnel âgé de 22 ans, elle a demandé trois ans de prison dont six mois avec sursis, avec mandat de dépôt. L'affaire a tourné au "spectacle de la disproportion", a plaidé son conseil, Me David Cazeneuve.
Le procès est prévu jusqu'à mercredi.
K.Hofmann--VB