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"On ne lâchera pas": contre le narcotrafic, le patron de la PJ défend une lutte "pied à pied"
Nommé à l'été 2023 patron de la police judiciaire, Christian Sainte expose pour la première fois dans un entretien à l'AFP sa feuille de route, entre lutte "pied à pied" contre l'explosion du trafic de stupéfiants, préparation des Jeux olympiques et mise en oeuvre de la très contestée réforme de la PJ.
Question : Il n'y a jamais eu en France autant de saisies de produits stupéfiants, jamais autant de violences. La lutte contre la drogue est-elle un échec ?
Réponse : Notre pays est abondé par des quantités astronomiques de produits stupéfiants et il n'y a pas de raisons que cela s'arrête. On ne peut pas attendre des services de police qu'ils mettent fin à tous les trafics. Notre souci, c'est d'enrayer au maximum la machine. On ne lâchera pas.
On travaille sur deux niveaux : le premier, celui du théâtre des cités, des règlements de compte, des points de deal. C'est un travail extrêmement astreignant, de lutte pied à pied, mais qui produit des résultats.
Ensuite, il faut travailler sur les organisateurs du trafic qui sont principalement à l'étranger. Cela passe par la coopération internationale mais cela est plus difficile avec certains pays.
Q: Vous pensez à Dubaï ?
R: Oui, par exemple.
Q: Certains alertent sur une montée de la corruption en France, en lien avec le trafic. Qu’en pensez-vous ?
R : Il y a une vulnérabilité face au pouvoir de l'argent et une facilité pour certaines organisations d'obtenir des complicités. Ils se donnent les moyens d'accéder à des ports, par exemple ou de continuer à faire leur business, même s'ils sont emprisonnés. La corruption existe depuis longtemps, mais face à des trafiquants qui ont des moyens financiers extrêmement importants, le risque augmente.
Q: Comment lutter contre ce fléau dans les rangs policiers ?
R: Notre rôle, c'est d'être vigilants. Nous avons une réflexion avec l'IGPN (la police des polices, ndlr). Il faut travailler sur des moyens qui permettent d'identifier des comportements anormaux. Restreindre l'accès à certains fichiers fait aussi partie des pistes. La hiérarchie doit aussi être plus sensibilisée à la possible vulnérabilité des policiers.
Q : A moins de cinq mois des JO, quelles principales menaces ont été identifiées ?
R: Il y a trois axes importants. La lutte contre les escroqueries. En un mois, notre "task force" dédiée a déjà reçu 120 signalements, pour de faux emplacements de food trucks, des arnaques à la location de logements ou des ventes de faux billets. Cela va monter en puissance.
Sur la menace cyber, on a aussi augmenté sensiblement la veille.
Enfin, il y a le risque terroriste. Rien ne permet de dire aujourd'hui qu'il y a un risque d'attentat majeur mais notre rôle est d'être prêts.
Q : La réorganisation de la police, qui avait suscité beaucoup de critiques de la PJ, est en place depuis le 1er janvier. Est-elle désormais bien acceptée ?
R : On ne peut pas tirer au bout de deux mois le bilan d'une réforme qui va structurer la police pour des années. On a mis dans un même pot tous les services d’enquête. Pour la police judiciaire, c'est un vrai +big bang+ qui a suscité énormément d'émotions. Je le comprends d'autant mieux que j'y ai fait toute ma carrière. Mais notre organisation commençait à toucher à ses limites.
Q : Quelle est votre mission dans cette nouvelle organisation ?
R : Faire le +grand écart+ du judiciaire. Préserver la lutte contre la délinquance du haut du spectre, en garantissant qu'aucun service de lutte contre la criminalité organisée ne soit vidé de ses personnels. Mais aussi améliorer le traitement du contentieux de masse, où les stocks de procédures sont extrêmement importants. On veut mettre le paquet sur les affaires qui méritent de l'être, notamment les violences intrafamiliales, et classer les procédures trop anciennes.
Q : La PJ vit depuis plusieurs années une grosse crise de vocation. Comment y remédier ?
R : On travaille sur des propositions de rythme de travail (expérimentation d'une semaine de quatre jours, ndlr). Aujourd'hui, les policiers aiment toujours leur métier mais sont moins prêts à autant sacrifier que les anciens. La lourdeur procédurale est aussi un frein. Plusieurs dizaines d'assistants de police ont déjà été recrutés et le retour d'expérience est très positif. Mais cette filière est en difficulté depuis des années, on ne va pas tout régler en quelques mois.
G.Schmid--VB