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Affaire Le Tan: Jean-Marc Reiser dans l'attente de son verdict
"Je ne suis pas un monstre froid et sanguinaire" : après un ultime et long monologue de Jean-Marc Reiser, la Cour d'assises d'appel du Haut-Rhin, qui juge depuis une dizaine de jours cet homme de 62 ans pour l'assassinat de Sophie Le Tan, s'est retirée pour délibérer.
"C'est à vous de trancher", a-t-il lancé aux neuf jurés populaires et trois magistrats professionnels qui ont rejoint vers 09H30 la salle des délibérés.
Ils devront répondre par oui ou par non à quatre questions: l'accusé est-il coupable d'avoir volontairement commis des violences sur Sophie Le Tan ? Les violences ont-elles entraîné la mort ? Avait-il l'intention de donner la mort ? Avait-il prémédité ses actes ?
Tête baissée dans son box vitré, marquant plusieurs pauses, Jean-Marc Reiser a tenu le micro pendant une vingtaine de minutes, soutenant de nouveau n'avoir "jamais" voulu tuer la jeune femme, disparue en septembre 2018 et dont certains ossements n'ont été retrouvés qu'un an plus tard.
- "Main de maître" -
Et comme il le soutient invariablement depuis la fin de l'instruction, il n'a pas non plus cherché à lui tendre un piège en l'attirant chez lui avec une fausse annonce immobilière.
"Je ne suis pas un monstre froid, sanguinaire qui aurait tout préparé", a-t-il encore insisté, saluant la qualité de ce second procès et distribuant bons et mauvais points : il a félicité la présidente de la Cour Christine Schlumberger pour avoir dirigé les débats "d'une main de maître" mais a taclé une enquêtrice pour ses "contre-vérités".
Il remercie les jurés pour leur "patience" : "C'est l'été, il fait beau", justifie-t-il étrangement, et ils auraient sans doute préféré "être à la piscine ou dans leur jardin..."
Puis il se tourne brièvement vers la famille de Sophie : "Ils ne pourront pas me pardonner, ce que je comprends tout à fait (...) J'espère qu'ils pourront trouver la paix. Moi, j'y pense tous les jours", a-t-il ajouté, les yeux visiblement embués par quelques larmes.
Mercredi, l'avocat général, Jean-Luc Jaeg, avait requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, soit la peine la plus lourde encourue par M. Reiser, déjà prononcée en première instance par les assises du Bas-Rhin en juillet 2022.
Démembrée à la scie à métaux, Sophie Le Tan avait été enterrée en lisière de forêt. Le corps de l'étudiante de 20 ans avait finalement été découvert un an après par hasard, par des promeneurs en quête de champignons.
Presque cinq ans et deux procès d'assises plus tard, certaines zones d'ombre persistent, notamment la cause exacte de la mort de l'étudiante: l'état de décomposition du cadavre a empêché de la déterminer.
Dans ces circonstances, deux versions s'affrontent. L'accusation soutient que cet ancien fonctionnaire de catégorie A, diplômé en archéologie byzantine, a sciemment élaboré un stratagème pour attirer une étudiante dans un piège, afin de l'abuser sexuellement, avant de lui donner la mort, de manière préméditée.
La défense, au contraire, s'en tient aux aveux du suspect, formulés en toute fin d'enquête, lorsque l'ensemble des experts avaient rendu des conclusions auxquelles il avait eu accès.
- "Accès de fureur" -
Selon son récit, il avait tenté, à l'issue de la visite de l'appartement, de prendre la main de Sophie Le Tan et de lui faire la bise. Celle-ci l'avait alors repoussé en l'insultant, provoquant chez lui "un accès de fureur" qui s'était traduit par de multiples coups de pied et de poing.
L'étudiante de vingt ans, poids plume (1,55 m, moins de 55 kilos) face à un logeur baraqué (1,88 m, plus de 90 kilos à l'époque), se serait alors effondrée, percutant fatalement la cuvette des toilettes.
Entre ces deux versions, les implications juridiques ne sont pas les mêmes: la première, qui retient la préméditation, implique une qualification d'assassinat. La seconde ne renvoie qu'à des "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner".
Mais quelle que soit celle qui sera retenue par les jurés, la peine sera lourde: pour assassinat, Jean-Marc Reiser encourt la perpétuité, contre 30 ans si les coups mortels devaient être retenus.
La sévérité des peines encourues s'explique par l'épaisseur du casier judiciaire de l'accusé: déjà condamné à huit reprises, il est jugé en état de récidive criminelle, ayant déjà été condamné par une cour d'assises, en 2003, pour viols et agression sexuelle.
F.Pavlenko--BTB