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Voile dans le foot: la FFF dans l'embarras
L'avis du rapporteur public du Conseil d'Etat, favorable lundi à la possibilité de porter le voile lors des compétitions de football, place dans l'embarras la Fédération française, confrontée depuis plusieurs années à cette question épineuse et qui devra peut-être modifier son règlement.
La plus haute juridiction administrative a été saisie par le collectif des "Hijabeuses" qui contestent l'article 1 du règlement de la FFF interdisant depuis 2016 tout "signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale".
Le Conseil d'Etat, qui suit généralement les avis du rapporteur public et dont la décision est attendue jeudi, pourrait donc obliger l'instance à faire machine arrière alors que celle-ci a une position opposée à celle de la Fifa, qui autorise le voile dans ses épreuves, ou à d'autres disciplines en France comme le basket, le volley-ball, le handball, l'athlétisme ou le judo.
Le président de la FFF Philippe Diallo n'avait d'ailleurs pas hésité à rappeler la posture de la Fédération en envoyant un courrier le 16 mars aux présidents des ligues et districts, expliquant qu'"un foulard sur la tête (...) est un signe ostensible religieux qui va à l'encontre du principe de neutralité sur les lieux de pratique."
Cet argument a été balayé lundi par le rapporteur public Clément Malverti, qui a estimé qu'il n'y a ni "prosélytisme", ni "provocation" dans le seul port du hijab, et aucune "exigence de neutralité" pour les licenciées de la FFF.
- Lobbying -
Selon lui, avec le règlement actuel de la Fédération, qui a le "monopole" sur l'organisation des matches, les joueuses portant le voile sont de facto "exclues" et doivent "renoncer à toute compétition et toute carrière".
C'est dire si l'audience du Conseil d'Etat de lundi a fait l'effet d'une douche froide du côté du Boulevard de Grenelle, siège parisien de la "3F".
Un dirigeant de la FFF, interrogé par l'AFP, craint ainsi une dérive vers le "communautarisme".
"Il est fortement à craindre que le Conseil d'Etat fasse reculer le principe de laïcité qui nous anime. Ainsi les musulmanes joueront voilées, l’arrêt du jeu pour la rupture du jeûne du Ramadan sera autorisé, les juifs demanderont à ne plus jouer pendant le Shabbat, et ainsi de suite", a regretté le responsable sous couvert d'anonymat.
Selon une source ayant connaissance du dossier, la Fédération pourrait faire du lobbying auprès des législateurs pour pousser à une modification de la loi afin de prohiber les signes religieux en compétition. La droite et l'extrême droite ont d'ores et déjà appelé mardi à légiférer sur la question et la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera a dit ne pas exclure une "évolution du droit".
"On voit qu'il y a un besoin de clarification", a-t-elle déclaré devant les journalistes à l'Assemblée nationale.
Le Sénat à majorité de droite avait adopté le 19 janvier 2022 un amendement LR interdisant "le port de signes religieux ostensibles" lors "d'événements sportifs et compétitions sportives organisées par les fédérations sportives". Cet amendement avait été abrogé par l'Assemblée nationale, où le parti présidentiel disposait alors de la majorité absolue.
- "Disposition fragile" -
En attendant une éventuelle intervention du Parlement, la FFF, dans l'état actuel des textes, pourrait n'avoir d'autres choix que de changer son règlement, ce qui ne peut se faire que lors d'une Assemblée générale, réunie deux fois par an. La prochaine aura lieu en décembre 2023.
"La disposition de l’article 1 de la FFF est fragile et ne suit pas le droit. Si on n’est pas d’accord avec cela, cela veut dire qu’on n’écoute pas le droit et cela peut être dangereux. La plupart des autres sports autorisent le voile", rappelle Jean-Louis Bianco, ancien président de l'Observatoire de la Laïcité.
"Aujourd’hui, il existe déjà des signes religieux, comme ouvrir les mains qui est un signe musulman, toucher le sol et l’embrasser. Il y a bien sûr une limite, c’est le trouble à l’ordre public et par exemple les prières dans les vestiaires, mais le port du voile ne rentre pas là-dedans", poursuit l'ex-secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand.
Pour l'islamologue Razika Adnani, membre du conseil d'orientation de la Fondation de l'Islam de France, accepter le voile sur un terrain c’est en revanche "renoncer à la liberté et à l’égalité et à la modernité, il y a un renoncement avec le retour du religieux, c’est inquiétant".
kn-ali-eba-jta/jr/cd/
S.Keller--BTB