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Cyril Hanouna, machine à clash
Pour certains, c'est le porte-voix de la France qu'on n'entend pas, mais d'autres voient en lui un danger populiste: roi de l'audience et du clash à la télé, Cyril Hanouna est adulé par ses fans mais décrié pour les dérapages de son émission "Touche pas à mon poste".
"Les bobos mentent, les bobos aboient, mais la caravane de Baba passe", twittait le 20 novembre l'animateur-producteur de la chaîne C8 à ses "fanzouzes", ses 6 millions d'abonnés.
Une tentative pour Baba - son surnom, qui rappelle ses origines juives tunisiennes - de clore une intense polémique, avec à la clé des saisines de l'Arcom, le régulateur des médias, et une plainte pour "injure publique".
Le 10 novembre, Hanouna avait copieusement insulté en direct le député LFI (et ex-chroniqueur de l'émission) Louis Boyard.
Celui-ci venait de critiquer son ami et patron, le milliardaire Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal+, auquel appartient C8.
Fin octobre, l'animateur de 48 ans avait déjà provoqué un tollé en demandant un procès sommaire pour la meurtrière de la petite Lola, puis en rabrouant à distance le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti qui le lui reprochait.
- "Transgression" -
Ces séquences lui ont valu de larges condamnations dans la classe politique et des audiences au firmament: selon C8, "Touche pas à mon poste" (TPMP) a établi en novembre son "record historique mensuel", avec 1,83 million de téléspectateurs en moyenne chaque soir (2,06 le 15 novembre).
Teint mat, barbe et cheveux noir de jais, l'enfant des Lilas, près de Paris, a connu un parcours sinueux à la télé avant d'en devenir l'un des rois comme animateur et influent patron de la société de production H2O.
En 2010, il lance TPMP sur France 4, puis explose aux yeux du public après son transfert en 2012 sur D8, devenue C8.
Energie inépuisable et bagout fleuri par des termes arabes ("darka", "rassrah"...), Hanouna débat de sujets de société clivants à la tête d'une bande de chroniqueurs, tout en amusant son public, qu'il appelle "mes chéris" ou "mes p'tites beautés". Il y invite des politiques aussi bien que des figures controversées comme le Pr Didier Raoult.
"TPMP vit de la limite, de la transgression", souligne pour l'AFP le communicant Philippe Moreau Chevrolet.
Ce mécanisme à clash a valu à C8 de nombreux avertissements et sanctions, dont une amende inédite de 3 millions d'euros pour un canular jugé homophobe diffusé en 2017 dans une déclinaison de TPMP.
Hanouna a également été accusé de trop donner la parole au candidat d'extrême droite Eric Zemmour pendant la présidentielle.
"J'ai reçu plus de gens de la Nupes ici que Zemmour (...) si t'es député c'est grâce à nous", s'était-il défendu face à Louis Boyard.
- "Deuxième visage" -
Invité puis éphémère chroniqueur de TPMP, le journaliste italien Paolo Levi décrit un personnage "très attachant au départ, très empathique quand il veut séduire".
"Je n'avais pas d'a priori, je me suis emballé pour cette machine à séduire qu'est Hanouna", raconte M. Levi à l'AFP. "Après, quand on rentre dans le système, on voit un deuxième visage en filigrane et, à un moment, je me suis senti un peu manipulé".
Il a renoncé à son poste de chroniqueur après un débat houleux sur le pass sanitaire anti-Covid.
"C'est l'un des seuls endroits à la télévision où on peut dire ce qu'on veut, y compris des positions dures, avec une audience populaire, de chômeurs, de gens au RSA", confirme Philippe Moreau Chevrolet, scénariste de la BD "Le président", qui imaginait l'animateur en candidat à la présidentielle.
Cela "crée un fossé entre une culture populaire (...) que Hanouna récupère et le reste de la classe politique ou des médias qui vont être dans une bulle CSP+, urbaine", estime-t-il.
E.Schubert--BTB