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Dans l’ombre de Kim Jong‑un
Depuis plusieurs mois, la République populaire démocratique de Corée intensifie ses préparatifs militaires. Le dirigeant Kim Jong‑un multiplie les déclarations martiales et supervise personnellement des démonstrations de force. Derrière les images officielles soigneusement mises en scène se cache une stratégie méthodique : rendre irréversible la capacité de dissuasion nucléaire de son pays et se placer en position de force face à la communauté internationale.
Après avoir convoqué l’Assemblée populaire suprême à Pyongyang fin mars 2026, Kim Jong‑un a clairement exposé ses intentions. Il a désigné la Corée du Sud comme « l’État le plus hostile » et a promis une réaction implacable à la moindre provocation, tout en inscrivant dans la Constitution l’exigence de renforcer en permanence « les forces nucléaires d’autodéfense ». Le Parlement nord‑coréen a approuvé un plan quinquennal qui consacre près de 16 % du budget national à la défense, un niveau jamais atteint depuis la fin de la guerre froide. Dans son discours, le dirigeant a rejeté toute négociation sur un désarmement en échange d’avantages économiques, affirmant que les armes nucléaires garantissent la survie de l’État et la paix.
Cette orientation se traduit par un effort industriel massif. Les usines d’armement fonctionnent à plein régime pour produire des missiles balistiques de courte et de moyenne portée, comme le KN‑23, désormais fabriqué en séries de centaines d’exemplaires. Des images diffusées par les médias officiels montrent des ateliers remplis de projectiles prêts à être expédiés. La Corée du Nord fournit déjà des dizaines de missiles et de milliers d’obus d’artillerie à la Russie en échange de ressources, de devises et d’assistance technologique. Ce commerce alimente le conflit en Ukraine et renforce la coopération militaro‑industrielle entre Moscou et Pyongyang, qui s’étend à la construction de nouveaux destroyers et de sous‑marins lanceurs d’engins.
Les essais d’armes se succèdent à un rythme soutenu. Début janvier 2026, l’armée a tiré des missiles hypersoniques capables de parcourir près de mille kilomètres, montrant sa volonté d’intégrer des technologies avancées. Fin mars, Kim Jong‑un a assisté à l’essai au sol d’un puissant moteur à propergol solide de 2 500 kN destiné à équiper des missiles intercontinentaux. Ce type de propulsion permet de lancer des engins plus rapidement et de les cacher plus facilement que les missiles à carburant liquide. Des manœuvres d’assaut amphibie et des exercices de commandos ont été organisés pour tester la mobilité des troupes et l’intégration de nouveaux chars de bataille.
Le 8 avril, Pyongyang a tiré deux missiles balistiques à courte portée qui ont parcouru environ 240 km, quatrième et cinquième tests de ce type depuis le début de l’année. Quelques jours plus tard, le 14 avril, une flottille a lancé depuis le destroyer Choe Hyon des missiles de croisière dits « stratégiques » et des missiles antinavires. Ces engins, capables d’emporter des ogives nucléaires, ont volé plus de deux heures avant d’atteindre leurs cibles. Kim Jong‑un a salué cette réussite et a ordonné de construire plusieurs autres navires de ce type, estimant que l’expansion illimitée de la force nucléaire est la « tâche la plus importante » de la défense nationale.
Les agences internationales observent avec inquiétude la montée en puissance nord‑coréenne. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique a noté mi‑avril une augmentation « très sérieuse » de la production de matière fissile à Yongbyon et sur d’autres sites, estimant que Pyongyang pourrait disposer de plusieurs dizaines d’ogives. Les images satellitaires suggèrent l’existence d’un nouveau complexe similaire à l’usine d’enrichissement historique. Les inspecteurs n’ont pas accès au territoire, ce qui rend difficile l’évaluation précise du programme nucléaire.
Sur le plan diplomatique, la Corée du Nord renforce ses alliances tout en laissant planer la possibilité de discussions. Lors de la visite du chef de la diplomatie chinoise Wang Yi en avril, Kim Jong‑un a réaffirmé son soutien au principe d’« une seule Chine » et a vanté la coopération avec Pékin. Dans le même temps, il laisse entendre que des pourparlers avec Washington pourraient avoir lieu si les États‑Unis reconnaissent le statut de puissance nucléaire de son pays. Officiellement, Pyongyang considère désormais la Corée du Sud comme un État séparé avec lequel il n’a plus de comptes à rendre.
Les réactions internationales restent mitigées. Séoul et Washington ont renforcé leurs exercices conjoints et leur dispositif antimissile, tandis que Tokyo suit de près les trajectoires de chaque tir. Des appels à de nouvelles sanctions sont lancés, mais beaucoup soulignent que l’embargo en vigueur depuis des années n’a pas empêché le développement de l’arsenal nord‑coréen. L’appui discret de la Russie et la bienveillance de la Chine amoindrissent l’efficacité des mesures de rétorsion. Plusieurs analystes estiment que le dirigeant nord‑coréen cherche avant tout à dissuader une intervention et à obtenir des concessions économiques sans renoncer à ses armes.
Dans les échanges en ligne, les opinions divergent. Certains soulignent l’hypocrisie de puissances dotées de l’arme atomique qui demandent à Pyongyang de se désarmer tout en modernisant leurs propres arsenaux. D’autres estiment que, face aux pressions extérieures, seul un arsenal crédible permet à la Corée du Nord de ne pas subir le sort de pays comme l’Irak ou la Libye. Des voix expriment leur compassion pour la population nord‑coréenne, soumise à une propagande permanente et à des restrictions sévères, et déplorent que les ressources soient consacrées aux missiles plutôt qu’à l’alimentation et aux soins. Beaucoup ressentent aussi une lassitude face au retour constant du mot « guerre » dans l’actualité et s’interrogent sur l’efficacité des sanctions.
Au‑delà de la rhétorique guerrière, la stratégie de Kim Jong‑un semble poursuivre plusieurs objectifs : consolider son pouvoir intérieur, garantir que toute négociation future se déroulera en position de force et montrer à ses alliés qu’il est un partenaire fiable. La multiplication des essais d’armes, l’augmentation des capacités de production et la redéfinition du cadre juridique interne témoignent d’une volonté de rendre le programme nucléaire irréversible. Cette fuite en avant comporte un risque : qu’un incident ou un malentendu conduise à un engrenage incontrôlé dans une région déjà sous tension.
Dans l’ombre, loin des projecteurs, Pyongyang consolide donc ses positions. La communauté internationale se trouve devant un dilemme : maintenir une pression qui n’a pas donné les résultats escomptés ou chercher des voies de dialogue sans reconnaître implicitement la Corée du Nord comme une puissance nucléaire. Une certitude s’impose néanmoins : la péninsule coréenne est entrée dans une nouvelle phase de confrontation, et chaque geste de Kim Jong‑un fait l’objet d’une attention accrue.
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