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Alliance Trump-MBS décisive
La rencontre du 18 novembre 2025 à la Maison‑Blanche a marqué le retour spectaculaire du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) sur la scène internationale et a révélé la nouvelle entente avec le président Donald Trump, qui vise à redéfinir les équilibres au Moyen‑Orient. Sous les dorures d’une réception grandiose – tapis rouge, honneurs militaires et survol aérien – les deux dirigeants ont scellé une série d’accords militaires, économiques et technologiques qui, selon eux, ouvriront une ère de coopération renforcée.
Au cœur de cette visite se trouve un accord de défense stratégique qui désigne l’Arabie saoudite comme « allié majeur hors OTAN ». Cet engagement offre au royaume un accès inédit à l’armement américain : il inclut la livraison de 48 avions de combat furtifs F‑35, faisant de Riyad la première puissance arabe à en disposer, ainsi que l’achat de 300 chars Abrams. Cette alliance formalise des garanties de sécurité contre toute attaque majeure et facilite l’installation de bases et d’entreprises américaines dans le royaume. En parallèle, une déclaration commune sur l’énergie nucléaire civile jette les bases d’un partenariat durable, même si les conditions de contrôle de l’enrichissement de l’uranium restent à négocier.
Les annonces économiques ont été tout aussi retentissantes. MBS a fait savoir que les investissements saoudiens aux États‑Unis passeront de 600 milliards à 1 trillion de dollars pour financer des infrastructures, des projets énergétiques et des technologies avancées. Cette promesse, bien que sans calendrier précis, s’ajoute à un programme d’accords estimé à quelque 270 milliards de dollars signé lors du Forum d’investissement américano‑saoudien, qui s’est tenu le lendemain au Kennedy Center. Parmi les signatures figurent un partenariat entre la société MP Materials et le géant saoudien des mines Ma’aden pour créer une raffinerie de terres rares, des participations d’Aramco dans des projets américains de gaz naturel liquéfié, et une série de mémorandums dans les domaines des infrastructures, de la santé et de la finance.
La technologie et l’intelligence artificielle occupent une place centrale. Washington a autorisé la vente de 35 000 puces Blackwell de dernière génération à Humain, entreprise publique saoudienne, et à G42, son équivalent émirati. Humain prévoit d’acquérir jusqu’à 600 000 processeurs Nvidia dans les trois prochaines années et d’installer des centres de données d’une capacité de 500 mégawatts en coopération avec la start‑up xAI d’Elon Musk et les services web d’Amazon. MBS a même évoqué publiquement un achat possible de 50 milliards de dollars de microprocesseurs américains, justifiant la présence, au dîner officiel, de dirigeants comme Jensen Huang, Tim Cook et Elon Musk. Ces initiatives illustrent la volonté conjointe de créer au Moyen‑Orient un pôle mondial de calcul intensif, tout en sécurisant l’accès de l’Amérique aux minerais critiques nécessaires à ces technologies.
Sur le plan diplomatique, la rencontre a confirmé la volonté de Riyad de rester maître de son agenda. MBS a rappelé qu’une normalisation des relations avec Israël ne pourra intervenir qu’en contrepartie d’une voie claire vers un État palestinien. Il a salué le plan de paix de Trump pour Gaza, entériné la veille par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui prévoit une Force internationale de stabilisation, et s’est montré disposé à contribuer financièrement à la reconstruction de la bande côtière. Dans le même esprit, il a plaidé pour des relations équilibrées avec l’Iran et a obtenu la levée de sanctions américaines contre la Syrie, soulignant que la sécurité régionale passe par des concessions de part et d’autre.
La face sombre de cette visite n’a pas été occultée. Interrogé sur l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, Trump a qualifié le défunt de « controversé » et a déclaré : « Des choses arrivent, mais il n’en savait rien », suscitant un tollé chez les défenseurs des droits humains. Le prince héritier a répondu qu’il s’agissait d’une « erreur douloureuse » et que son pays avait « pris toutes les mesures nécessaires » pour éviter la répétition d’un tel crime. La veuve de Khashoggi a réagi en rappelant que rien ne justifie un meurtre et que l’oubli de cette affaire ternit la crédibilité des États‑Unis. Plusieurs ONG ont aussi dénoncé l’absence totale de discussions sur les droits de l’homme alors que le royaume continue de réprimer sévèrement ses opposants.
Au‑delà des discours, la concrétisation de cette alliance reste incertaine. Beaucoup d’analystes soulignent que les dépenses colossales engagées par Riyad pour ses mégaprojets nationaux réduisent sa capacité à investir à l’étranger et que le chiffre d’un trillion de dollars relève plus de l’effet d’annonce que d’une réalité budgétaire. D’autres rappellent que la vente des F‑35 pourrait relancer une course aux armements dans la région et remet en cause la supériorité militaire d’Israël. L’« alliance de l’IA » promue par Washington se heurte aussi à l’interdépendance des monarchies du Golfe avec la Chine, qui fournit déjà l’essentiel des chaînes d’approvisionnement en semi‑conducteurs.
La visite de Mohammed ben Salmane à Washington consacre néanmoins son retour en grâce sur la scène internationale. Elle démontre l’approche transactionnelle du second mandat de Trump : acheter la loyauté stratégique de Riyad par des avancées technologiques, militaires et économiques, tout en réorientant les alliances moyen‑orientales. Si cette entente tient ses promesses, elle pourrait rebattre les cartes énergétiques et sécuritaires de la région. Mais elle ne pourra durer que si elle s’accompagne de progrès tangibles vers la paix, la transparence et le respect des droits fondamentaux.
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